8 September 2025
Alan Kurdi, l’écho de notre silence
Assourdissant, l’écho. Alarmant, notre silence. Dix ans après la mort du petit Alan Kurdi, dont le corps échoué sur une plage est devenu le symbole brutal de notre échec collectif face aux déplacements forcés, que reste-t-il de notre élan d’empathie mondiale ?
Souvenons-nous de lui. « Le petit garçon sur la plage » aurait eu 13 ans aujourd’hui. Son corps sans vie, face contre sol sur le sable de Bodrum en Turquie. Deux mondes. L’un est une plage de cartes postales, où les enfants rient et jouent dans les vagues. L’autre est une côte qu’on se languit d’atteindre pour souffler avant de reprendre la route – quand on ne s’y échoue pas. Comme beaucoup d’autres, Alan aurait pu disparaître dans le secret des profondeurs bleues, mais la mer(e) nous l’a rendu. Comme un reproche. Comme un signal.
Selon l’UNICEF, ces dix dernières années, environ 3 500 enfants sont morts ou portés disparus en tentant de traverser la Méditerranée centrale pour rejoindre l’Italie. Cela équivaut à un enfant chaque jour depuis la mort d’Alan. Et pourtant, au lieu de réveiller notre humanité endormie, la haine et la peur alimentées par certains responsables politiques a anesthésié notre empathie et aseptisé nos cœurs. Notre réponse collective ? Déportations, détentions, interceptions des embarcations, incitation à la délation aux frontières, criminalisation des sauvetages, silence et complicité face à la mise en esclavage, montée du fascisme et de l’indifférence à l’international.
Au Canada ? L’Entente sur les tiers pays sûrs toujours plus restrictive, la suspension des programmes de parrainage collectif de personnes réfugiées, la stigmatisation des personnes migrantes, sans nommer les coupures budgétaires destinées à appuyer leur établissement dans notre société dite « d’accueil ». Plus récemment, le projet de loi C-2, habillé du costume trompeur de protecteur, siffle à nos oreilles comme la berceuse de Kaa dans Le Livre de la Jungle : une invitation à avoir confiance, alors même qu’il étrangle le droit fondamental de demander l’asile, compromet les données personnelles de tous les citoyens et nous endort sur les reculs de nos droits universels. Les programmes sont suspendus ou retardés sous couvert de l’insaisissable « capacité d’accueil » et les promesses de protection tombent en ruine, ne laissant derrière elles que les morceaux d’un décor humanitaire qui apaise bien suffisamment les consciences.
Face à ces reculs, la société civile canadienne ne reste pas immobile. Le Conseil canadien pour les réfugiés (CCR) organise des rencontres afin de mettre en commun les mobilisations pancanadiennes contre le projet de loi C-2. Au Québec, le Front commun contre le projet de loi C2 et pour la justice migrante, regroupant une multitude d’organisations, dont la TCRI, s’est constitué pour résister collectivement à cette attaque contre le droit d’asile.
Ce projet de loi, présenté comme une mesure de protection, est en réalité un exemple frappant de la manière dont des décisions politiques peuvent restreindre l’accès au statut de réfugié et fragiliser les droits fondamentaux. Son impact est considérable, car derrière chaque restriction imposée, il y a des vies humaines directement affectées, des parcours interrompus et des protections refusées.
Dans ce contexte, rester informé et se mobiliser est essentiel. C’est pourquoi le Front commun a organisé une première Assemblée populaire contre le projet de loi C-2, réunissant plus de 80 personnes participantes. L’Observatoire pour la justice migrante a publié une capsule vidéo visant justement à décortiquer les mesures, leurs impacts concrets sur les droits des personnes migrantes et demandeuses d’asile. Elle explique très bien les raisons pour lesquelles se mobiliser pour demander le retrait de C-2.
Pour la TCRI, c’est très clair : si on accepte le recul des droits d’une partie de la population, ce sont nos droits collectifs qui seront menacés à court ou à plus long terme.


